Sur le vote

Cher camarade

    L'histoire ne se répète jamais, dit-on. Cependant, que de signes analogues, sous nos yeux, dans le monde contemporain !

   Nous vivons la fin d'un cycle, qu'il faut analyser sur le long terme. La solidité du bloc au pouvoir n’a plus aucune prise sur les mouvements populaires. Quant à l’électeur inconnu, désabusé, il se projette dans un monde imaginaire, où le vote n’est plus que l'expression d'une croyance, pour laquelle l’émotion, et donc la peur, prime sur la satisfaction matérielle. Son vote réactionnaire confirme la maxime de Mendes-France : « Choisir un homme, fût-il le meilleur, au lieu de choisir une politique, c’est abdiquer. »

   Avec une abstention de 57,36 % des inscrits (plus 7 % de non-inscrits), se pose la question de la légitimité des candidats élus par si peu d’électeurs. Avec 18,6 % des inscrits, l’élection de Macron, au suffrage universel direct, est contestable, diminuée, voire caduque, puisqu’il n’est que le président de ceux qui l’ont élu. Alors que s’abstenir est une forme d’expression politique, seul compte le résultat pour les petits fachos de tous bords ! Or, cette minorité votante ne représente, ni socialement ni politiquement, le corps électoral dans son ensemble.

   La révolution qui viendra ne sera pas une émeute, ni une révolte à la sauce mélenchoniste, suivant la recette de Mouffe et Laclau. En effet, les mouvements citoyens ne font pas la révolution. Encore moins quand un leader se prétend non-révolutionnaire, mais keynésien ! Par contre, ils peuvent être, tout comme les partis politiques, à l’origine d’une émeute électorale. Puisque celle de 2017 n’a pas eu lieu, la rue et la place publique remplaceront l’urne !

    Pour qu’une révolution succède à une émeute, il faut nécessairement que l’ordre établi n’inspire plus que le dégoût, la haine ou le mépris à la majorité du pays.

     Ce facteur psychologique est décisif. Peu importe que le mécontentement, qui est l’âme de la révolte, s’inspire de causes diverses et parfois opposées, comme ce fut le cas dans la France de 1789. L’essentiel est que le mécontentement « d’en bas », se combinant avec les divisions « d’en haut », grandisse au point de faire désirer au peuple un changement quel qu’il soit. Mais, le danger est là, dans ces quelques mots : quel qu'il soit. En effet, derrière le talus se cache la femme ou l’homme providentiel, les mains toujours propres !

    Regarde Macron. : tel le psychopathe, il s’aime tellement ! Après l’avoir consacré roi de l’ambiguïté politique, les médias le feront Napoléon…. comme le troisième de nom ! Face à la casse sociale organisée par tous nos gouvernements successifs, dont son "ni-ni" se réclame de fait "de droite et de gauche", aucun être humain ne peut se satisfaire d'une simple gestion de l'austérité, exigeant d'être salarié ou retraité et pauvre tout à la fois ! Comment peut-on vivre du désespoir d'une juste justice ?

     Ce sont les foules anonymes qui tiennent en leurs mains leurs destins. On ne peut rien sans elles et à plus forte raison contre elles. Gouvernement ou partis, qui essaieront de leur faire violence, se briseront. Et, crois moi, les « boutefeux » seront nos femmes, nos filles, nos mères ou nos sœurs.

Les émeutes du printemps 1789, ce sont elles.

Et oui cher camarade, elles feront notre avenir commun !

1848

Le droit de vote est-il un devoir ? 

   Est-il l’expression d'une vie démocratique, une forme politique visant à l'émancipation des hommes et à l'harmonie sociale ?

   La « révolution parisienne » de février 1848 fut un moment clé du mouvement ouvrier. Elle vit, comme tant d'autres soulèvements, l'insurrection populaire réprimée dans le sang.

   Le 24 février 1848, la « monarchie de Juillet » s'effondre sous le poids d'une intense agitation. Louis-Philippe abdique, Lamartine proclame la Seconde République, et un gouvernement provisoire se forme. Sous l'égide de la République « fraternelle », programmée le 27 février, c'est la « belle alliance » où bourgeois et ouvriers oublient un temps ce qui les oppose.

    Les élections du 23 et 24 avril 1848 sont l'occasion de la mise en œuvre du suffrage universel masculin. Le principe en avait été adopté par la Constitution de l'an I (1793), après l’insurrection parisienne du 10 août 1792, mais il n'avait jamais été appliqué. Paris se transforme alors en arène politique où s'affrontent « républicains conspirateurs » (Blanqui), « socialistes » (Barbes) et « communistes » (Proudhon).

   Mais la majorité sortie des urnes est composée de républicains désincarnés et de conservateurs revanchards.

   Quand, en juin 1848, le peuple se soulève contre les mesures rétrogrades de la nouvelle Assemblée constituante, il n'est plus pour la bourgeoisie que racaille et canaille. A la baïonnette, au canon, barricade après barricade, les troupes du général Cavaignac et la Garde nationale noient les émeutes dans le sang. 3 000 morts, des milliers de blessés agonisant sur le pavé...

   Telles sont les vertus du suffrage universel. Elles doivent nous remettre en mémoire l'avertissement de Saint-Just dans son rapport à la Convention du 3 mars 1794 : « Ceux qui font des révolutions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau. » 

  Par la suite, historiquement, le suffrage universel s'est toujours révélé comme un instrument de conservatisme social particulièrement opérationnel. Élu par ce moyen, Louis Bonaparte ne l'a pas utilisé moins d'une quinzaine de fois, dont trois plébiscites, entre 1851 et 1870.

   La « liberté » que ce vote est censé exprimer est une chimère redoutable : son seul objectif est de faire assumer par le peuple la soumission politique, sociale et économique dont il est victime. Il n'est pas surprenant que la Ve République l'ait mis à son arsenal.

Qui peut se croire tenu d'y souscrire ?

NB : Je fais partie de ceux pour qui la Révolution de 1789 n’a produit tous ses effets que pour la classe qui l'a détournée à son profit. Ce n'est pas la matrice des changements à venir ; il faut en tirer toutes les leçons pour ne pas réemprunter les mêmes ornières. Malgré une production historienne surabondante, elle est encore trop mal connue et mal comprise, notamment par les anarchistes.