Sécurité Globale

Pour le droit contre la loi.

   Peut-être estimez-vous que vous n'êtes pas concernés par la loi "Sécurité Globale" ni par celle dite du "Sépératisme" et donc par la le "Schéma National de Maintien de l'Ordre". Combinez-les ensemble à l'aune de l'état d'urgence : entrevoyez-vous un avenir en commun ?

   Activiste des droits de l’Homme (ou humains) [1] et refusant de parvenir, je réponds toujurs à ce qui m’interpelle : 

- comment, à partir de soi, concourir à faire changer les choses dans une société sexiste où les atteints à la liberté[2] sont les premiers pas vers la dictature. Avec La proposition de loi « Sécurité globale », le Front National (adepte du bâton-identitaire) a enlevé son masque de Rassemblement National (affidé au national-capitalisme) en votant en faveur du texte liberticide, tout en précisant qu’elle est « dérisoire » (Jordan Bardella, député européen RN) , car c’est une « toute petite loi » (Sébastien Chenu, député RN), c'est-dire insuffisante. Avec eux, le pêne de la serrure d'une porte ouvre sur un cauchemar  ! 

    Je souhaite insister sur le glissement du sens des mots : de la sureté à la sécurité, difficile à comprendre isolément du sens du mot propriété pour les Constituants de 1789.

             Aujourd'hui, tout individu est à priori suspect. La sécurité ne se conçoit plus que dans l’aliénation progressive et inexorable de toutes les libertés qui subsistent.

           Quand la richesse se concentre, la pauvreté se propage et se radicalise – dans tous les sens du terme. On voit dès lors se répandre dans la société un sentiment oppressant d’insécurité, de peur de l’autre, accentué par la perte des repères traditionnels, la virtualisation des rapports humains et l’éradication de tout sens de la communauté.

            C’est cette angoisse diffuse que les machines à fabriquer de l’opinion détournent de ses causes profondes : elles transforment un besoin légitime de sécurité en obsession de masse d’autant plus anxiogène qu’elle est abstraite et indéterminée.

        Les objectifs et le contenu de toutes les lois « sécuritaires » ne se conçoivent pas indépendamment de la liquidation des droits sociaux et économiques. Dans ces conditions, on comprend que les appels à la sécurité publique doivent rester aussi fumeux qu’incantatoires.

            Naguère, la face sociale et la face civile de la sécurité (ou de la « sûreté », comme il est parfois écrit) ont toujours été présentes dans les Déclarations des droits de l’homme. Dans celle de 1789, la sûreté consiste à garantir chaque individu contre l’arbitraire. Selon l’article 2, la sûreté est l’un des quatre droits naturels et imprescriptibles, avec la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression. (L’égalité n’apparaîtra au même article qu’en 1793.)

     La Déclaration de 1793 donne de la sûreté une définition plus large, en précisant qu’elle « consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés». Elle affirme en outre que la société a l’obligation d’assurer la « subsistance des malheureux ».

     La Déclaration universelle de 1948 n’utilise le mot « sécurité » que pour affirmer : la reconnaissance des droits économiques, sociaux et culturels (art. 22 : sécurité sociale ; art. 25 : sécurité face au chômage), p)lus particulèèrement :

– article 22, que toute personne a, « en tant que membre de la société, le droit à la sécurité sociale » ;

– Et à l’article 25, le « droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».

       Depuis la « légende dorée » de la Révolution de 1789, les « droits de l'homme » sont dits indissociables de ceux du citoyen, même si, dans notre ferme républicaine, certaines et certains prétendent être plus égaux que d'autres. La question des « droits de l’homme », isolée de celles du "citoyen » est centrale dans le dispositif d’occultation de la question sociale.

       La condamnation de cette abstraction n’exonère en rien de la lutte pour leur effectivité, car ils sont aussi supérieurs à la loi que le droit de manifester est supérieur à une loi de police qui l'interdit. C’est tout le sens de mon engagement (à l'Institut des Hautes Etudes sur la Justice) pour une justice fondée sur le droit, pour emprunter à Victor Hugo : pro jure contra legem !

1] Vieux débat. En anglais, « Droits de l' Homme » se dit « Human rights » . Traduire « human » par « humain » est une déformation, un anglicisme, « Droits de l'Homme » et « Human rights » veulent dire strictement la même chose , puisque « Homme » avec une majuscule signifie le genre humain, c'est-à-dire hommes, femmes et enfants. Combien de stupidités a-t-on lu à ce propos ? Il s'agit, d'abord et tristement, d'une pauvreté de langage du français : « homme » vient de « humus » (la terre), l'humain est celui qui vit sur la terre. Le français ne connaît pas la distinction latine : « vir » (le mâle) et « homo » (l'humain). Impossible de faire l'impasse sur ce que doivent être les droits de la femme, de l'homme et de l'enfant. Ils sont constitutifs de notre république sociale, définie dès 1792. Beaucoup trop l'ont oublié.
[2] Personne d'autre que le citoyen libre n'a qualité pour juger de l'emploi qu'il fait de sa liberté, sauf à voir celle-ci disparaître. Ainsi la loi ne peut-elle permettre à l'État de restreindre abusivement la liberté d'aller et venir, de manifester, de faire connaître une opinion, de s'informer, de penser pour finir. François Sureau, Sans la liberté.