Mass-médias

Les agités du bocal


     Dans la société dite néolibérale, la fonction assignée aux médias est de véhiculer massivement un discours falsificateur, redondant et sans réplique, visant à évacuer toute pensée critique et à étouffer toute initiative intellectuelle.

     Les informations télévisées en continu mettent quotidiennement en scène éditocrates, politiciens, marchands, vedettes du showbiz, entrepreneurs, se livrant en toute complicité à des joutes nourries de fausses analyses et de vraies flagorneries

     Dans le journalisme officiel, l’amphibisme est monnaie courante. Suivre le cheminement  de maints folliculaires n’est pas chose aisée ; d’ailleurs, à peu près personne ne se risque à le faire, et les intéressés moins encore : du jour au lendemain, les voilà passés de l’autre bord ; un point c’est tout. Voir les cas du pathétique Franz-Olivier Giesbert – naviguant du Nouvel Observateur au Figaro comme Ulysse de Charybde et Sylla – ; de Maurice Szafran – dérivant de l’antisarkozisme de Marianne au promacronisme de Challenges  – ; de Serge July – ex-cadre de la Gauche prolétarienne (organisation maoïste) passé sans vague à l’âme dans le giron du néolibéralisme le plus cynique, et cela au sein du même quotidien – ; etc.). On dit que seuls les imbéciles ne changent pas d’idées ; si c’est le cas, ces élites  comptent une part notable de génies.

      Mais au-delà du carriérisme propre à ces médiocrates et de leur absence radicale de déontologie, ce qu’il faut retenir de leurs parcours, c’est qu’ils sont tout banalement interchangeables, parce qu’ils reflètent et expriment le même monde falsifié et dépourvu de toute dignité. S’alimentant à la même mangeoire, ils éprouvent une louable reconnaissance pour la « main » qui les nourrit. 

      Ces permutations circulaires et ces métamorphoses in vitro démontrent par ailleurs ce qu’il en est de la « liberté de la presse », cette condition démocratique par excellence : pouvoir dire et écrire n’importe quoi, au nom de la seule liberté des patrons de presse. Les débats faisandés qui opposent rituellement les mêmes polichinelles, d’une chaîne d’information continue à une autre, témoignent abondamment de la réalité de ce salmigondis : tout le monde chante faux, mais c’est la même chanson

      La morale immuable de cette imposture enseigne que tout est permis mais que rien n’est possible – en dehors des lois concurrentielles et des impératifs abstraits du marché. Au sortir de ce théâtre de boulevard, c’est toujours le spectateur qui fait office de cocu.

      L’univers médiatique est une des facettes du Spectacle. Il ne s'agit pas de ce spectacle où l’on paie pour se vider la tête des embarras de la vie. Bien au contraire, il est de ce Spectacle dont l’objet politique est d’organiser insidieusement la passivité contemplative des individus, de désamorcer leurs tendances spontanées et d’inhiber en chacun tout désir d’une vie authentiquement communautaire. 

     Laissons donc les avortons mercenaires s’agiter dans leur bocal. La vérité ne sort pas de leur puisard. Apprenons à nous passer d'eux. Toutefois, solidaire dans l'anti-corruption, je soutiens les propositions du Syndicat National des Journalistes.

    Occupons-nous plutôt de nous-mêmes, dans la proximité de nos territoires concrets, et dans des activités associatives qu’il nous faut apprendre à investir, à aimer et à défendre. La commune, le quartier ou le village sont les seuls endroits où notre présence au monde a encore un poids, qui nous laissent conscients de nous-mêmes, Ils sont humainement et politiquement partagés, comme lorsque nous protestons contre la fermeture d’une maternité, d’une école ou d’un hôpital ! Sans pour autant confondre la raison, l’universalisme et le capitalisme, sur un fond d’essentialisme territorial et postuler, comme Pétain, que “ La terre, elle ne ment pas” !

     C'est là où je vis, partout en France, que j'expérimente tous les jours le sens de mon activisme social. Le peuple ne peut compter que sur lui-même !

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Mesure urgente


      La liberté de la presse est au fondement de toute démocratie. Pourtant, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jamais la liberté et le pluralisme de la presse  ne semblent avoir à ce point été menacés en France. Au cours de ces dernières années, la concentration de la presse entre les mains de quelques milliardaires a atteint en France des proportions inimaginables. Ils contrôlent à eux seuls la quasi-totalité des grands médias nationaux, de la presse écrite ou de l'audiovisuel. Ces milliardaires ont presque tous comme point commun de ne pas avoir la presse ou l'information pour métier. Pourquoi ont-ils cherché à constituer ces nouveaux empires de presse ? Comment pèsent-ils sur le travail des journalistes ? Comment résister efficacement à cette mainmise sur l'information ?

    Le droit à l'information ne devrait reposer que sur un seul fondement : l'information est un bien public qui doit être accessible à tous, en n'exceptant aucun domaine de la vie économique, sociale et politique. 

     Le droit d'être informé suppose celui des journalistes de pouvoir informer. Là où les journalistes sont les plus dépendants et les plus fragilisés, c'est dans les médias de plus en plus concentrés et financiarisés. Ils sont plus surveillés que le public qu'ils sont censés informer ! La liberté d'informer est essentiellement compromise par les contraintes économiques et sociales qui pèsent sur eux. Si ces dernières sont imposées par la marchandisation de l'information, et donc l'emprise de la publicité, elles le sont également par la politique (en tant que source de l'information).

     Contrôlé par des grandes fortunes, le journalisme cadre les débats publics et escamote une partie de la réalité. Chaque soir, vingt millions de Français regardent un journal télévisé. Mais qui croit encore aux nouvelles du « 20 heures » ou aux infos en continu ?

     Un tel discrédit nourrit un immense désir : celui d’une information de qualité conçue comme un bien collectif. Les projets en ce sens abondent. Et attendent la mobilisation qui les portera au premier rang des priorités politiques.


Pour que vive la presse libre :

- Garantir aux journaux et aux journalistes les moyens de lutter efficacement contre le poids des actionnaires et de certains annonceurs, par une loi sur l'indépendance juridique des rédactions de presse.

- Réforme radicale de l'audiovisuel.

- Création d'un nouveau statut de la société de presse (ex. à but non lucratif)

- Maintien du secret des sources, y compris dans le secret défense.

- Soutien budgétaire des projets autogérés comme les coopératives ouvrières de production et d'intérêt collectif.

Le clan des milliardaires accapare les aides à la presse

En 2019, plus de la moitié (51%) des 76 millions d’euros attribués en aides à la presse ont bénéficié à 6 groupes, appartenant à 8 richissimes familles ou hommes d’affaires

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