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                     Les forces aux ordres

DU VENT ET DES LARMES

L’ordre, pour quoi faire ?

Après les retombées estivales de la crise dite du coronavirus, il y a fort à parier que les conséquences économiques de la gestion calamiteuse du gouvernement français, aggravées par les exigences de patrons stimulés par la situation, vont se faire cruellement ressentir, et qu’elles susciteront par-ci par-là quelques émois sociaux. On imagine que ça frétille chez les pandores, et que l’arsenal des « forces de l’ordre » est d’ores et déjà mis en branle.

Mais quel est donc cet ordre dont le maintien repose sur les forces de l’ordre ? L’opinion publique l’auréole des idées de sécurité et d’harmonie sociale, mais c’est tout le contraire. Concrètement, ces associations sont fallacieuses et tout aussi paradoxales que les formulations orwelliennes – « La guerre, c’est la paix ; La liberté, c’est l’esclavage ; L’ignorance, c’est la force.

Il n’y a pas d’ordre en soi. L’ordre politique n’est pas une forme donnée ni souhaitable d’idéal communautaire. Il est le masque d’une hiérarchie conflictuelle, d’un rapport social d’une violence généralement sourde et parfois extrême. Il recouvre l’exercice du pouvoir d’État. Car dans le contexte d’un capitalisme mondialisé où il a renoncé à nombre de ses prérogatives, l’État national reste nécessaire. Ainsi que l’écrit Anselm Jappe dans Crédit à mort, « [la] société capitaliste moderne, fondée sur la marchandise et la concurrence universelle, a besoin d’une instance qui se charge des structures publiques sans lesquelles elle ne pourrait exister. Cette instance est l’État, et la “politique” au sens moderne (et restreint) est la lutte menée autour de son contrôle. Mais cette sphère de la politique n’est pas extérieure et alternative à la sphère de l’économie marchande. Au contraire, elle en dépend structurellement ». 

L’ordre étatique de nos sociétés postmodernes est entièrement orienté vers la répression. Il suppose la mise sous tutelle et la surveillance de la population. Par le passé, le peuple français a connu au nom de l’ « ordre républicain » une colonisation analogue à celle dont les peuples autochtones des territoires d’outre-mer ont été victimes. Si cette domestication[1] entreprise au nom de la « civilisation » n’est plus guère ressentie comme telle, si elle est occultée dans le « roman national », elle n’en a pas moins eu lieu manu militari, et elle a laissé bien des cicatrices.


L’ordre démocratique et ses forces

La police est un appendice de l’État démocratique, comme ce dernier est celui du capitalisme – ou plus exactement son autre face, l’autre versant des marchés. Dans ce contexte, les forces de l’ordre sont, de même que l’appareil judiciaire, attachées à la queue du pouvoir exécutif comme une casserole à celle d’un chien. Cela fait donc sourire d’entendre un ministre de l’Intérieur prêcher à sa police des conseils de modération lors des interpellations au faciès ; comme dirait Stendhal, cet individu semble avoir été mis sur terre pour satisfaire notre goût du ridicule.

Et cela fait franchement rire de voir de bonnes âmes attendre du gouvernement qu’il se déjuge et se tape « démocratiquement » sur les doigts, au nom d’une vertu dont il viole quotidiennement les principes, à l’abri d’un Parquet tenu en laisse[2] et qui ne poursuit les débordements et les assassinats légaux qu’à seule fin de donner le change.

Quelle est en effet la proportion de flics et de gendarmes condamnés après avoir été dûment incriminés pour « bavure » ? Et à quelles peines ? L’ACAT (ONG chrétienne contre la torture et la peine de mort) regrette que les « faits de violences policières donnent très rarement lieu à des sanctions effectives. Dans plus de 90% des cas étudiés par l’ACAT, les agents des forces de l’ordre n’ont pas été condamnés. […] Lorsque les agents sont condamnés, les sanctions sont faibles au regard d’autres condamnations pénales prononcées en France ». Cette association souligne notamment l’indulgence, voire la complaisance, de l’État vis-à-vis des débordements policiers : « […Le] ministère de l'Intérieur fait preuve d’une opacité flagrante concernant les violences commises par ses agents. Aucun chiffre n’est rendu public sur le nombre de personnes blessées ou tuées lors d’opérations de police ou de gendarmerie, et aucune donnée exhaustive n’est publiée sur l’utilisation des armes ou le nombre de plaintes contre des agents des forces de l’ordre pour des faits de violences. »1

C’est un désordre humain et une entreprise de pillage institués par l’ordre capitaliste que desservent les « forces de l’ordre ». On exprime cette réalité plus poliment en disant que leur rôle est de protéger la propriété. Mais quelle propriété ? Pas la part congrue des pauvres, assurément, eux qui sont dépouillés chaque jour par des exactions « normalisées ». Adam Smith, un des initiateurs du libéralisme économique, attribuait à tout pouvoir cette simple fonction : « S'il n'y a pas de propriété, il ne peut y avoir de gouvernement, car le but même de celui-ci est de protéger la richesse et de défendre les riches contre les pauvres. » Défendre les riches contre les pauvres, tel est l’apostolat des « forces de l’ordre ».

La violence commanditée par l’État est sans doute décemment recouverte du manteau de la légalité, puisqu’elle est exercée au nom de la Loi, mais la volonté pérenne de ladite Loi est de maintenir des rapports humains tels qu’ils sont déterminés par la concurrence effrénée propre à la société « libérale ». Les forces de l’ordre sont donc engagées dans une conflictualité permanente, latente ou explosive, où elles sont placées en dehors de toute politique de protection du citoyen, à l’extérieur de la sphère de la « souveraineté nationale » – ce qui les prive de toute légitimité « démocratique ».

Certains considèrent pourtant que l’État est la providence des bonnes gens, que la violence policière ne frappe que des coupables, qu’elle les désigne même, et donc qu’elle épargnera toujours les innocents – surtout s’ils sont blancs et solvables. Ceux-là font une lourde erreur : ils ignorent, oublient ou refusent de voir que nous vivons au temps d’un « capitalisme de surveillance »[3], qu’aux yeux de l’État et des entreprises spécialisées qui sondent les cœurs et les reins de chacun au moyen d’une technologie de plus en plus invasive chaque citoyen est suspect – peu importe de quoi. Et que cette suspicion censément sécuritaire excède largement et de tout côté la lutte contre les diverses formes de criminalité. C’est ainsi que Google a développé des algorithmes permettant de cerner les pensées, les sentiments, les intentions et les intérêts des individus et des groupes, y compris ceux qu’on ignore soi-même, sans se soucier d’obtenir le consentement de quiconque.


Les agents de l’ordre ou la banalité du mal

La violence de la police n’est que l’expression de la sauvagerie nécessaire de l’État. La mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré, le 27 octobre 2005, à Clichy-sous-Bois, est à l’origine d’émeutes qui se sont étendues à l’ensemble du territoire national pendant plus de trois semaines. Tout comme aujourd’hui avec l’affaire Adama Traoré, ces manifestations se sont dirigées contre les forces d’ordre. Pourtant, la question se pose : qui faut-il prioritairement condamner, ne serait-ce que d’un point de vue « moral » : la main qui exécute ou la tête qui commande, qui permet les débordements, et plus encore les encourage ?

L’État, c’est aussi ce qu’en font ceux qui sont aux affaires. Pour Maurice Rajsfus  (A vos ordres ? Jamais plus), « L'ordre public, c'est l'ordre brutal mis au service du pouvoir quel qu'il soit ». Or n’importe qui peut se retrouver au pouvoir. Un homme lige des banksters, par exemple – mais on peut redouter bien pire. N’oublions pas non plus que si de Gaulle est parvenu à ses fins par une manière de coup d’État, Hitler, pour sa part a été élu très démocratiquement.

Il paraît lointain le temps pourtant bien agité de Mai 68, où le préfet Maurice Grimaud, se disant soucieux d’éviter un bain de sang, adressait à ses policiers, une lettre individuelle en date du 29 mai portant les recommandations suivantes : « Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation et lorsqu'ils sont conduits dans des locaux de police pour y être interrogés. »[4] On n’ose imaginer quel aurait été le tableau chasse d’un Didier Lallemant, l’actuel ordonnateur des folies parisiennes, au terme de ces journées mémorables.

Lors des émeutes de ces dernières années, politiciens et éditocrates n’ont vu les coups partir que du côté des manifestants. À leurs yeux, la mission essentielle des policiers et gendarmes étant de préserver de leur corps un sanctuaire inviolable, la République, ils devraient paradoxalement être intouchables. Et en février 2019, notre Jupiter en carton-pâte de déclarer : « Je ne laisserai pas les forces de l'ordre sans aucun moyen ni d'assurer l'ordre public, ni de se défendre face à des gens qui arrivent aujourd'hui armés et avec les pires intentions. »[5]

Mais foin de ces galéjades : pour l’État capitaliste, il n’est rien de sacré, sinon lui-même, ses intérêts à court terme, et la pérennité de la loi du profit. Que les forces de l’ordre veillent sur les bijoux de famille et les privilèges des rupins, qu’elles guerroient contre des gens pour lesquels le cinq du mois est la fin du monde, soit. Mais en quoi cela leur vaudrait-il le privilège d’une quelconque immunité lors des affrontements sociaux ?

Plus problématique encore est le fait d’accorder à ces mercenaires le statut de travailleurs ordinaires, ce qui revient à intégrer le droit de tuer dans le cadre d’un « travail » officialisé. Autrement dit à banaliser et à légaliser des crimes pour raison d’État. – ce qui est propre à tourner la tête à plus d’un. Günther Anders remarque que, dans la pensée de la domination industrielle, « il est courant de faire passer des activités qui en vérité ne sont pas des “travaux” pour des “travaux” ». Il prend pour exemple Auschwitz et Hiroshima. « Ces anéantissements, qui en vérité ont été des actes, et à vrai dire des actes criminels, ont été assignés à ceux qui ont dû les commettre comme on assigne des “travaux”, des “jobs”. […] Puisqu’en tant que créatures de l’ère industrielle [ces derniers] avaient appris que le travail n’a pas d’odeur, qu’il est une occupation dont, au fond, le produit final ne nous concerne pas, nous et notre conscience, ils ont accompli sans discuter la mission de tuer en masse qui leur avait été assignée sous l’étiquette “travail”. Sans discuter parce qu’avec la meilleure des consciences. Avec la meilleure des consciences, parce que sans conscience. Sans conscience, parce que dispensés d’avoir une conscience par la façon même dont leur mission leur a été assignée. »5

Propos excessifs ? Nullement, tant la réalité est elle-même obtuse et outrancière. Prenons un cas exemplaire de percuteur chatouilleux : en 2008, dans le Var, un adjudant de gendarmerie tire à sept reprises sur un jeune homme de 26 ans, l’atteint de trois balles et le tue alors qu’il tentait de s'échapper des locaux de la gendarmerie de Draguignan, où il était entendu, menotté, dans le cadre du garde à vue. En septembre 2010, la cour d’assises de cette ville acquitte le gendarme, jugeant qu'il a accompli « un acte prescrit ou autorisé par les dispositions législatives ou réglementaires ». L’avocat général Philipe Guémas avait déclaré : « Il ne s'agit pas de délivrer un permis de tuer, mais de constater que [l’adjudant] a agi conformément à ce qui lui a été enseigné. Il a agi dans le cadre légal, il n'a pas agi pour commettre une infraction pénale »[6]. Pour finir, en 2014, la Cour européenne des droits de l’homme, considérant que « d'autres possibilités d'action s'offraient au gendarme pour tenter l'arrestation de Joseph Guerdner, au lieu d'ouvrir le feu », a désavoué ce jugement en indemnisant la famille.


Souvenirs, souvenirs

S’il n’y a sans doute pas lieu pour autant d’assimiler les forces de l’ordre à des criminels de guerre ou de masse, un passé encore proche est riche d’exemples où elles se sont comportées de la sorte. Rappelons la barbarie à l’encontre de la population ouvrière en révolte au cours de ces deux derniers siècles. Les mains sectionnées et les yeux crevés des Gilets jaunes en 2018-2019 ne l’ont pas été par des matraques en sucre d’orge et des LBD en marshmallow.

Rappelons également la rafle du Vél-d’Hiv menée par la police de Vichy en juillet 1942, et précisons que pour cette opération qui a vu l’arrestation de 13 152 juifs dans Paris et sa banlieue, précédant leur déportation et menant 4 000 enfants à la mort, pas un seul soldat allemand ne fut mobilisé. C’était l’œuvre de fonctionnaires obéissants.

Rappelons encore ce qu’a été l’ordre français pour les pays colonisés. Par exemple, en Algérie, autour de Sétif et de Guelma, la répression sauvage des émeutes ayant suivi une manifestation organisée par des partis indépendantistes fit entre 20 000 et 30 000 morts du côté algérien le 8 mai 1945.

Rappelons enfin le massacre du 17 octobre 1961 à Paris, où plus de deux cents Algériens furent assassinés par la police lors d’une manifestation pacifiste contre le couvre-feu qui les visait[7].

Les forces de police sont toujours disposées à exécuter n’importe quelle mission du moment que l’ordre leur en est donné. Et cela quelle que soit l’iniquité de la loi qu’on leur intime d’appliquer, quelle que soit la nature du pouvoir qui a autorité sur elles. Hannah Arendt précise qu’Adolf Eichmann, responsable de la logistique de la « solution finale » des nazis, « agissait dans tout ce qu’il faisait en citoyen qui obéit à la loi. Il faisait son devoir, répéta-t-il mille fois à la police et au tribunal ; non seulement il obéissait aux ordres, mais il obéissait à la loi. »[8] Et c’est justement par leur zèle à obéir sans état d’âme que les forces de l’ordre sont un organe totalitaire : comme le dit Günther Anders, « l’essence de l’État totalitaire consiste justement à effacer la dualité du “légal” et du “moral” ».

Primo Levi, dans Les Naufragés et les Rescapés, relève toujours les même arguments dans la défense des simples exécutants : « [Nous] avons été éduqués à l’obéissance absolue, à la hiérarchie, au nationalisme ; nous avons été abreuvés de slogans, enivrés de cérémonies et de manifestations ; on nous a appris que la seule chose juste était celle qui profitait à notre peuple et que la seule vérité était les paroles du Chef. […] Nous avons été des exécutants zélés et nous avons été félicités et promus pour notre zèle. [… D’autres] ont décidé pour nous, et il ne pouvait en être autrement, parce que nous avions été amputés de la capacité de décider. » Le poids de l’universalité des principes et du conformisme est terrible sur les consciences en déroute. L’histoire a tant de fois montré combien il est aisé à des injonctions bureaucratiques de transformer des hommes ordinaires en « bourreaux volontaires », et que ce phénomène est favorisé par la déstructuration mentale et morale induite par le port d’un uniforme, en tant que symbole de l’esprit de corps[9].

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Nous sommes décidément bien pusillanimes à nous réfugier derrière de tels maîtres. En définitive, mieux vaudrait valoriser la confusion propre à tout comportement autonome : bien plus que l’ « ordre », l’ « autorité », l’ « obéissance », c’est l’élément de toute vie. La question serait alors : comment vivre socialement dans le désordre ? Les Grecs anciens n’avaient-ils pas eu l’idée d’intégrer dans leur panthéon, au sein de la Cité, Dionysos, le dieu de l’ivresse, des excès, de l’extase, de la folie[10] ?

 

@corédigé avec Gérard Dressay de la Boufette

 
 

[1] Phénomène incluant, outre la conversion forcée de la paysannerie en main-d’œuvre industrielle, l’éradication par la force des cultures populaires et des particularismes locaux. 

[2] La loi du 9 mars 2004, dite Perben II, a introduit le Garde de Sceaux, membre de l’exécutif, comme le véritable organe de la procédure pénale. Il peut ainsi adresser aux procureurs généraux et aux procureurs de la République des directives générales de politique pénale (art. 30 CPP). Comme la carrière d’un magistrat du parquet dépend de sa hiérarchie,  la Cour européenne des droits de l’Homme a affirmé dès 2010 que le procureur français n’est pas « une autorité judiciaire indépendante ».

[3] Selon l’expression de Shoshana Zuboff, sociologue et femme de lettres américaine, professeur émérite à la Harvard Business School.

[4] (https://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2008/05/16/la-lettre-de-maurice-grimaud-aux-policiers_1046120_1004868.html).

[5] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/02/27/01016-20190227ARTFIG00280-macron-defend-l-usage-du-lbd-malgre-les-critiques-de-l-europe-et-de-l-onu.php. Nul ne sait dans quel fantasme ténébreux lesdites armes ont été repérées…

[6] Le général de division Marc Mondoulet, commandant de la gendarmerie dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, commentait l’acquittement du gendarme en ces termes : « Les jurés ont confirmé que l'adjudant Monchal a fait usage de son arme dans les conditions fixées par la loi. » Pourquoi en effet un « permis de tuer » personnalisé, quand ce droit est inscrit dans le règlement et plus généralement dans la loi ?

[7] « A cinq mois de la fin de la guerre d'Algérie, le 17 octobre 1961, Paris a été le lieu d'un des plus grands massacres de gens du peuple de l'histoire contemporaine de l'Europe occidentale. Ce jour-là, des dizaines de milliers d'Algériens manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui les vise depuis le 5 octobre et la répression organisée par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon. La réponse policière sera terrible. Des dizaines d'Algériens, peut-être entre 150 et 200, sont exécutés. Certains corps sont retrouvés dans la Seine. Pendant plusieurs décennies, la mémoire de cet épisode majeur de la guerre d'Algérie sera occultée. » (Le Monde du 17 octobre 2011)

[8] Eichmann à Jérusalem.

[9] Robert Browning, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne (1992). Selon cet auteur, des individus, en la qualité de soldats et de policiers, « peuvent commettre des actes qu’ils jugeraient répréhensibles s’ils les faisaient de leur propre chef, mais auxquels ils ne trouvent rien à redire du moment qu’ils sont approuvés par l’État ».

[10] Jean-Pierre Vernant, Œuvres I, Mythe et religion en Grèce ancienne, « Dionysos, l’étrange étranger », p.864 sq.